Alain Nempont

Eclats de Pilouer

Extraits - Poèmes

Et quelques poèmes de Renaud Pilouer.

Celui qui ouvre le spectacle :

Gabapentine et Biogars au bal à la 15 août rencontré – e – s
Le é c’est pour le gars le e pour la Pentine / le s c’est la suée de leur nouveau baptême / l’ondoiement serpentin qu’ils se firent à eux-mêmes / à eux tous deux en eux / pas plus tard sur la couverture à ch’vaux dans la grange

Il y entrait une branche de saule / pour les veiller les rafraîchir / une branche de saule

Quand ils se furent conjoints / glissant dans le sommeil / tout emmêlés de rêve / de ses boucles à elle et de ses bras à lui / de tout un tas de jambes de ventres et de fesses
alors le coq chanta
chanta grattant la paille
lui aussi songeait à une idylle

un autre, situé plus loin :

j’ai traversé la rue / vu ailleurs si j’y étais / et j’y étais / vu d’autres beaucoup d’autres / vu ailleurs j’ai traversé la rue / j’étais une jolie fille j’étais très moche aussi / j’ai pris des trains des autobus / j’ai trimé j’ai peiné / j’ai eu mal on m’a fait mal j’ai traversé la rue / j’étais heureuse aussi / suis-je vieille maintenant / ce qui était bien c’était si souvent traverser la rue

un autre :

Au tout début ça n’était qu’un bateau / sans voile sans gouvernail mais il flottait
Aux heures des repas ponctuelle la manne descendait
Le premier à se plaindre fut un hippopotame / c’est long dit-il dans la cale enfermé / et toute cette eau j’aimerais bien marcher
Dès lors tous et chacun on se mit à penser / pourquoi si long ? / pourquoi cette eau / et ce bateau ? / qui nous contraint ?
Aux permissions de monter sur le pont / on regardait la mer / toujours semblable toujours étale / personne qui la connaisse personne pour la nommer / pas une vague pas un signe / pas une rive ou s’accrocher de balise à étreindre / un horizon très mince / seuls nous là à flotter
Nous attendions / les projets nous manquaient
Comme nous étions là / pauvres de mots / à piétiner / un ibis un jour leva le bec / il prétendit qu’il avait vu Noë / et qu’il pleurait / La situation est-elle désespérée ? / Et si la manne vient à nous manquer ?
Par ici dit un cormoran rien à pêcher une eau avare / pas un seul foutu merdeux poisson / Mais rêveur il ajoute je me souviens pourtant en avoir vu dans un bocal
Au mot bocal s’agite le boa / Ici c’est très étroit / toujours tout en rond sur soi-même empilé / immobiles et pourtant malgré nous transportés / on va on va on mange on boit mais où on va ? dit le boa
Où / vers où / aller ou ne pas aller / c’est la question dit une souris
Pourquoi toutes ces questions ? dit un lama lassé
J’ai la parole je la garde dit la souris / et j’ajoute que je n’aime pas / pas du tout la façon dont ce boa me regarde / j’y décèle un manque de courtoisie / et pour tout dire cela aussi me fait question
Où on va / ça / ça n’est pas une question dit un cheval tout gris / pas de question sans réponse et celle-ci n’en a pas / Tout au plus est-ce une conjecture / et si ça ne mange pas de pain ça n’en donne pas aussi
Pardon pardon dit une buse toute question est légitime / encore faut-il questionner la question
Comment ça ? dit la souris
La buse soupira / si vous posez la question où on va / c’est que sans savoir où / vous savez qu’on y va / c’est donc à vous que la question se pose
C’est exact dit le boa c’est elle qui pose question / je propose à l’assemblée qu’on questionne la souris
Quand le remue-ménage fut fini et la souris aussi / Je vais faire un tour dit un pinson / voir plus loin où nous allons – pardon : où peut-être nous irions / Je vous dirai quelle est notre destinée – pardon : notre destination
Il ne revint jamais
On s’en tint alors aux questions du boa / Grande chasse à la petite bestiole / galopade dans les coursives / morsures exécutions / on commençait enfin à rigoler

et, pas loin de la fin :

Et tout au-dessus dans l’frichti dit Servinia les légumineuses
C’est c’qui illumine lumineux la viande avec la sauce
c’est des légumes comme on en fait la soupe
c’est d’la chair de suc
un revenu d’la terre
un don qu’on nous a fait à nous pour qu’on les cueille
c’est tous les goûts que l’sang des plantes a pipé à la terre
c’est des fèves des pois des haricots des lentilles
Les lentilles c’est doux c’est confiant dans la main
c’est beau parce que c’est rond
c’est des cailloux et c’est des graines
des graines d’un monde qui va jamais jamais cesser d’pousser
c’est du cachou qui s’rait pas aigre
des éclats tout brûlés d’étoiles chutées en p’tites planètes
c’est de la force car c’est du fer
à tout gamin faut en donner et c’est pas cher
et ça nous sert à nous chauffer
à allumer le sang et les esprits
L’homme et la femme tous les humains les hominés
faut les chauffer
et comme font légumineuses les illuminer

et celui-ci, pour finir :

à la terre qui roule le plaisir de rouler
à tout ce qui vit l’envie de vibrer
à tout ce qui se meut possible de meugler

au marteau toujours un clou à enfoncer
à la chaise un dossier au toit les murs pour le porter
à la taupe son terrier au lit les oreillers

à l’enclume une pensée de plume
à l’échelle le pommier
à la pomme le compotier
à la mouche l’araignée
à Dieu les hommes qu’il a inventés
aux hommes les dieux qu’ils se sont inventés
à tous les mots
les mots les mots les moteurs d’avancer

à l’obstacle à contourner le bonheur du tuyau coudé
au virus ininvité une chiasse obstinée
au violon en bois une âme en bois

au vieux lièvre la cartouche finale mais loin loin
loin des clapiers

à la marine le marin
à la maligne son malin
à la femme ses lèvres à l’homme une épine qui saigne

à la rivière immobile un défilé de peupliers
à Saint Bernard toujours paumé un chien pour le guider
à Saint-Roch esseulé un chien pour discuter

au mensonge le plaisir d’étinceler au vrai celui d’émerveiller
au ballon capricieux des règles pour en jouer
à chaque tâche sa largeur calculée
au plaisir sa nécessité
au saumon frayant l’effrayant voluptueux contre-courant

à la nuit qui s’égare l’étoile lancée par un berger
au désespoir
perçu infime le pas de l’espéré

à tout dit Biogars toujours un don une nouveauté
à nous dit Biogars nous deux

qui ne dit mot consent le monde s’est tu un instant
Gabapentine souriait

à la terre qui roule le plaisir de rouler

à tout ce qui vit l’envie de vibrer
à tout ce qui se meut possible de meugler

au marteau toujours un clou à enfoncer
à la chaise un dossier au toit les murs pour le porter
à la taupe son terrier au lit les oreillers

à l’enclume une pensée de plume
à l’échelle le pommier
à la pomme le compotier
à la mouche l’araignée
à Dieu les hommes qu’il a inventés
aux hommes les dieux qu’ils se sont inventés
à tous les mots
les mots les mots les moteurs d’avancer

à l’obstacle à contourner le bonheur du tuyau coudé
au virus ininvité une chiasse obstinée
au violon en bois une âme en bois

au vieux lièvre la cartouche finale mais loin loin
loin des clapiers

à la marine le marin
à la maligne son malin
à la femme ses lèvres à l’homme une épine qui saigne

à la rivière immobile un défilé de peupliers
à Saint Bernard toujours paumé un chien pour le guider
à Saint-Roch esseulé un chien pour discuter

au mensonge le plaisir d’étinceler au vrai celui d’émerveiller
au ballon capricieux des règles pour en jouer
à chaque tâche sa largeur calculée
au plaisir sa nécessité
au saumon frayant l’effrayant voluptueux contre-courant

à la nuit qui s’égare l’étoile lancée par un berger
au désespoir
perçu infime le pas de l’espéré

à tout dit Biogars toujours un don une nouveauté
à nous dit Biogars nous deux

qui ne dit mot consent le monde s’est tu un instant
Gabapentine souriait

avec cette opinion de Pilouer : Souvenez-vous de Gauguin, décrivant un de ses tableaux : « … sous un arbre, une vache, toute petite, et qui se cabre ».
Voilà ce qu’il faut être.